L’exposition « Allí, sin ser un lugar determinado, ni aleatorio; Como el puro ser donde no hay nada » (que l’on peut traduire par « Là, sans être un lieu précis, ni aléatoire; comme l’être pur où il n’y a rien ») s’articule autour des théories sur la vacuité développées par le moine bouddhiste Nāgārjuna (IIe-IIIe siècle) : toute chose, tout être, est symbolisé par sa vacuité, ce qui n’est pas le vide, soit la dépendance des choses et des êtres entre eux pour exister. Chose et être n’ayant pas d’existence propre (cf. Ringou Tulkou Rimpotché).
C’est avec ce concept en tête que nous sommes invités à découvrir les œuvres de l’artiste. Nous sommes d’abord accueillis par Encuentran un Lugar en el Mundo (Y Dudan En Otro Mundo), une installation suspendue de radios et enceintes diffusant de façon aléatoires des canaux changeant sans cesse. Ainsi, nulle possibilité de suivre un canal pour une compréhension suivie et logique, nous sommes confrontés à l’impermanence, à l’aléatoire.
L'œuvre – sans doute la plus spectaculaire de l’exposition – Esperan en Lugares Donde Viven Mientras Esperan, se compose de petits morceaux de roches volcaniques suspendus à des fils transparents esquissant un cube. Seules les arêtes sont signifiées permettant ainsi au regardeur de se projeter face au volume cubique. Ici encore, c’est l’idée qui prime davantage que la forme constituée et réalisée.

El Escenario se Coloca Y se Retira, est une frise d’écrans LED décomptant l’âge du soleil (à la gauche du centre) et sa durée de vie restante (à la droite), nous rappelant notre finitude comme celle de l’univers et des astres; ce décompte fatal en temps réel nous rappelle aussi que sans le soleil, la vie humaine disparaîtra également.
Visualiser ce décompte est une prise de conscience radicale de l’échéance humaine et terrestre.

Enfin, un ensemble de 14 gravures sur cuivre, Instructions to / from the center of the universe, s’inspire de la carte dressée par l’astronome Frank Drake en 1972 où la Terre se situe par rapport à 14 pulsars, ces étoiles à neutrons tournant sur elles-mêmes. L’artiste représente ici ces pulsars selon leurs coordonnées galactiques et terrestres, calculées en fonction du système solaire de référence, mais il représente aussi des pulsars binaires (ou pulsar double), soit un couple d'étoiles dont l’une est une étoile à neutrons. Les pulsars étant des émetteurs par les impulsions régulières qu’ils envoient peuvent être en cela des points de repère dans l’immensité de l’espace.
Pablo Dávila invite le spectateur à un voyage à la fois intime et universel, où le visiteur prend conscience de son infinie petitesse face à l’infiniment grand. En ces temps de questionnements climatiques voire de remises en cause des théories scientifiques, et en premier lieu, celles concernant le climat, le travail de l’artiste nous semble indispensable pour visualiser l’invisible et l’imperceptible à l’échelle humaine;
« Allí, sin ser un lugar determinado, ni aleatorio; Como el puro ser donde no hay nada »
The Pill
Jusqu’au 13 décembre 2025
Photos : © Rebecca Fanuele









