
Vue d’exposition Judit Reigl - Spasme avec le feu, galerie Dina Vierny, 53, rue de Seine. Courtesy Galerie Dina Vierny © Romain Darnaud.
Muse et modèle d’Aristide Maillol, Dina Vierny (1919-2009) ouvre en 1947, sur les conseils d’Henri Matisse, sa galerie au 36, rue Jacob, à la place d’un ancien bougnat. Pour la transformation des lieux, elle fait appel à l’architecte Auguste Perret, qui avait été déjà sollicité en 1926 pour aménager l’une des premières galeries de Katia Granoff, boulevard Haussmann. De nos jours, la galerie de la rue Jacob a conservé les panneaux de bois tressés installés par Perret, si caractéristiques du lieu. À ses débuts, Dina Vierny peut compter sur les conseils de Jeanne Bucher, autre grande marchande depuis 1925; ce choix de reprendre l’espace de la rue de Seine qu’occupa pendant près de soixante ans la galerie Bucher draine donc une symbolique forte.


Vue d’exposition Judit Reigl - Spasme avec le feu, galerie Dina Vierny, 36, rue Jacob. Courtesy Galerie Dina Vierny © Romain Darnaud.
Dina Vierny présente et défend l'œuvre de ses contemporains (Serge Poliakoff, Henri Laurens, Serge Charchoune, Fahrelnissa Zeid, les sculpteurs Émile Gilioli et Robert Couturier…), mais aussi les artistes naïfs (Séraphine de Senlis, André Bauchant, Camille Bombois…) et les artistes soviétiques non conformistes (Erik Boulatov, Ilya Kabakov, Oscar Rabine…). Ces artistes historiques de la galerie sont toujours défendus de nos jours; Olivier Lorquin, fils aîné de Dina Vierny a poursuivi le travail de sa mère, à la galerie puis au Musée Maillol (fondation Dina-Vierny) ouvert en 1995.

Judit Reigl, Écrire en masse - Comment faire danser le carré, 1965, huile sur toile, 230 x 269 cm. Courtesy Galerie Dina Vierny © Tous droits réservés.
Depuis 2021, Pierre et Alexandre Lorquin perpétuent les choix artistiques de leur grand-mère tout en défendant une nouvelle génération. Depuis qu’ils sont aux manettes, le public a pu (re)découvrir des artistes majeurs du siècle à l’instar de Robert Couturier et Judit Reigl, actuellement mise à l’honneur dans le nouvel espace rue de Seine qui occupe une surface de 200 m2 réaménagée par l’architecte Simon Basquin.

Judit Reigl, Face à…, vers 1988. Technique mixte sur toile, 201 x 226 cm. Courtesy Galerie Dina Vierny © Jean-Louis Losi.
Spasme avec le feu présente une rétrospective de l’artiste hongroise (1923-2020), installée à Paris en 1950 où elle retrouve son compatriote Simon Hantaï et fait la connaissance d’André Breton qui l’invite à exposer sur les cimaises de sa galerie surréaliste L’Étoile scellée, ouverte en 1952. L’exposition est une rétrospective majeure de l'œuvre de Reigl, où parmi la trentaine de pièces présentées des années 1940 aux années 1990, certaines sont inédites.
Rue Jacob, le public découvre les œuvres de la première période de l’artiste, de ses débuts à 1954 : période hongroise, période surréaliste et des œuvres exposées dans la galerie d’André Breton. Si Reigl n’a jamais fait partie du groupe surréaliste, elle est une disciple de l’automatisme « psychique et physique » cher à ses membres. Dans une liberté totale, elle s’empare de la toile et y libère son geste, y transcrit ses émotions sensorielles et physiques.

Vue d’exposition Judit Reigl - Spasme avec le feu, galerie Dina Vierny, 53, rue de Seine. Courtesy Galerie Dina Vierny © Romain Darnau.
Du corps, elle témoigne sous le format d’un inventaire : « agglomération, fusion, séparation, attirance, repoussement, croissance, diminution, transformation, mutation, explosion, implosion, dissolution. Désir, souffrance, mort, recommencement », faisant office de manifeste de son œuvre complet.
Exposition Judit Reigl, Spasme avec le feu, jusqu’au 14 juin dans les deux espaces, puis du 20 juin au 19 juillet, Marcel.la Barceló, Still Waters Run Deep, rue de Seine.
Image de couverture: Pierre et Alexandre Lorquin devant le nouvel espace, 53, rue de Seine. © Julio Piatti, 2024









