

Sanam Katibi, Rise, 2025. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Mendes Wood DM. Photo credit: Pauline Assathiany.
Elle refuse d’être enfermée dans une identité particulière. Son œuvre, sa vision des choses, c'est l'histoire d'une dualité, l'ambition de dépeindre un univers empli de tensions, d'ambivalences, de présenter des allégories de nos ambiguïtés, d’explorer la zone grise entre des sentiments et des postures a priori contradictoires.

L'œuvre de Sanam Khatibi est à l’image de son environnement visuel, fait de vanités, de natures mortes, et de paysages idylliques. Dans ses peintures, broderies, tapisseries et sculptures cohabitent fleurs, serpents, céramiques chinoises, corps nus en action, ou crânes.


« J'ai grandi entourée d'objets venus du monde entier, hérités de ma mère, diplomate, qui collectionnait aussi les tapisseries. À son décès, j’ai récupéré ses porcelaines chinoises et japonaises ; après les avoir détestées, je les ai aujourd’hui intégrées à mes tableaux. »


« En tant qu'artiste, on travaille toujours par rapport au monde qui nous entoure, dans lequel on vit, aux expériences qu'on a vécues. En ce qui me concerne, les choses ont été un peu mouvementées, et cela s'exprime donc dans mon œuvre. »

Ancienne grande voyageuse, Sanam Khatibi est désormais prise par son travail. La rançon du succès. Quant à son nouvel atelier parisien - parfaitement ordonné -, « c'est là que je vis. J’ai besoin de voir mes œuvres évoluer, d’alterner entre grands formats, qui exigent un long temps de séchage, et de petits formats, plus instinctifs. »
2025 marque une nouvelle étape dans la diffusion de son œuvre, avec une première exposition personnelle dans la capitale, au sein de la galerie Mendes Wood DM.

Sanam Khatibi, Put Your Honey Where Your Mouth Is, 2025. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la galerie Mendes Wood DM. Photo credit: Nicolas Brasseur.


Le processus de création est long. « Je fais toujours un croquis, puis je laisse les éléments émerger au fur et à mesure. Même pour les grands formats, je commence par un petit paysage et le reste vient naturellement. Le processus se fait par couches successives. C'est d'une certaine manière un processus subconscient. » Les choses sont bien faites : « Quand je ne travaille pas, je m'ennuie. C'est ma passion, et j'ai la chance d'en vivre. J'ai envie de peindre. »
Au milieu d'un appartement-atelier aux allures de cabinet de curiosités, se côtoient notamment un masque noir japonais du XVIIIe et une collection de phallus. « Je suis attirée par notre part d’animalité » ; cette collection « renvoie ainsi à la thématique de la fertilité. »


Interrogée sur ses influences, elle cite avec enthousiasme : « la Chine, la tapisserie flamande du 16e siècle, celle de Bayeux, l'art étrusque, égyptien, précolombien, océanien, celui de la Renaissance, et les arts primitifs, Jérôme Bosch, Cranach, Frida Kahlo, Carol Rama, Henry Darger, Stéphane Mandelbaum, Leon Golub, Nancy Spero… »

Sanam Khatibi, Even the Wildest Grass Must Bend, 2025. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Mendes Wood DM. Photo credit: Nicolas Brasseur.


Se refusant à proposer des Untitled, l'artiste consacre un carnet à la question des titres de ses œuvres. « Je prends beaucoup de notes, et quand un travail est fini, je regarde le tableau, je fais une sélection parmi la liste que j'ai composée. Puis, soit je demande à des amis de m'aider à choisir, soit cela vient naturellement. Sanam Khatibi sourit : « L'œuvre dont tu me parlais justement s'intitule Everything's at home except your wife. »
Sanam Khatibi, « The Hunger », 3 avril - 17 mai 2025 - Mendes Wood DM, Paris
L'œuvre de Sanam Khatibi est également à découvrir au sein de l'exposition « You Stretched Diagonally Across It: Contemporary Tapestry » - 11 avril - 12 octobre, 2025 - Dallas Contemporary.
Depuis 2023 une sculpture permanente de Sanam Khatibi est visible au sein des Jardins de la Persagotière, à Nantes.
Photographies par Quentin Geiger pour Happening Media.
Texte : Henri Robert









